Avertissement. Ce document hautement technique, qui ne sera compris que des acousticiens confirmés et que nous ne publions que pour le brio de sa conclusion exaltée, bien à la manière de l'époque, date de 1928. Il fut originalement publié par Benjamin Péret dans le numéro 11 de la "Révolution Surréaliste", alors très friande de collaborations "scientifiques" aptes à bluffer le soupçonneux Parti Communiste. Charles a 25 ans. Il est à ce moment le "nègre" officiel - et dégoûté - de Charles Koechlin, surchargé de travaux mineurs, en perpétuel transit entre Paris et Cotignac, jeune marié transi d'amour, et par ailleurs très affairé à sa plaquette "bigrement scandaleuse" contre Jean Cocteau (Le caniche de Maisons-Laffitte bave toujours, à l'aube l'abattage, publié à compte d'auteur, dont on trouvera bientôt les bonnes feuilles sur ce site). Il n'est pas autorisé de penser qu'il ait pu atteindre, au même moment, un tel niveau de technicité. Si on ne peut pas nier que le clavier électrostatique - d'une importance historique énorme : le premier instrument proprement électrique - soit né de son intuition fulgurante (et de quelques accidents heureux), tout indique que sa modélisation finale fut l'oeuvre de son frère Fabian, fraîchement diplômé de l'Ecole Polytechnique de Moutiers. Mais le style est du Charles Brugnon le plus pur, "minerai de sel brut", comme lui écrira Jacques Baron. Exemple rare d'écriture "à deux mains" entre l'homme de l'art et l'homme des sciences (sur les implications de cette collaboration fraternelle, voir le Séminaire IRCAM "Musique - Mathématiques - Philosophie").

 

 


investigation sur l'électrostatique
puissance de rêve de l'
ambitus tonal dans la musique électrostatique

 

extrait de
La révolution Surréaliste,
n°11, octobre 1928

 

(...)


3.5. COMMENT DEDUIRE L' AMBITUS TONAL d'un clavier électrostatique?

 

- Nouveau petit détour par la science (soeur siamoise de la poésie). Considérons une charge isolée q, dans le vide, positionnée en O. Pour déterminer le champ "tonal" (timbral) dû à la charge en tout point du clavier, on peut utiliser le théorème de Gauss.

 

- On choisit un système normé de doubles toniques-dominantes (O, ur, uq, uj )
centré sur O.


- Soit E(M), le champ électrique au point M(r, q, j).


- On choisit une surface de Gauss sphérique S, centrée sur O.


- M étant un point de S, le  théorème de Gauss s'écrit


- Le champ électrique E(M) ne dépendant que de la composante radiale r, il en est de même pour V(M). L'intégration de la relation précédente donne : V(M) = (q / 12r) + C,

 

- ... lequel nous délivre bel et bien l'ambitus tonal de ce clavier électrostatique. Mes investigations démontrent à l'envi qu'il se manie tout à fait simplement et sans raideur aucune, exactement comme le concept classique et archimort de "tonalité"; qu'il supporte la modulation, le majeur/mineur, etc..., avec toutefois de plus grandes ressources associatives, comme en le rêve éveillé. (...) Dissonance aux cheveux de feu, toi déesse de révolte, Femme amazone qui fait se friser les perruques poudrées, tu te lèveras, tu te libéreras de ton antique servage, sans un cri sur tes pattes de colombe. A tous ceux qui cherchent la clef là où il n'y a pas de porte, je dédie ce bouquet d'irrécusables formules serties dans un fourreau de gemme noir. Formules en feu de saint-Elme, émancipatrices comme des poèmes : qu'il y relèvent la moindre faille et je leur livrerai en pâture mon corps d'astrolabe. (...)


(février 1928, Cotignac)

brugnoncopie

retour au sommaire des textes