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Charles Brugnon,

1903|1962

 

 

La Société des Amis de Charles Brugnon a été fondée pour rendre justice à l'un des plus grands compositeurs français du XXème siècle, victime de l'oubli, de la paresse, et avant tout de l'esprit de cénacle. Une oeuvre gigantesque (plus de neuf cents opus), annonçant tout à la fois les musiques de proximité, le modalisme, le spectralisme lourd et même l'acid-jazz, et qui respire pourtant la sérénité parfumée du terroir occitan, dont Brugnon fut jusqu'à sa mort le vigilant défenseur.

Ardeur et Modération, avait-il fait graver sur ses armoiries. Tel est l'effet de sa musique : une avancée inlassable vers l'inouï, sans jamais quitter les balises du déjà-entendu - le fameux effet de clocher qu'il théorisa précocement, où il voyait l'essence même du Musical (1).

Son influence sur le siècle fut occultée à la mesure de sa puissance créatrice : ni Messiaen (dont les "Sept Haï-Kaï" doivent pourtant tout aux "Trois Escarbilles Orientales" pour violoncelle), ni Pierre Henry ("La Polka des Grillons"), ni Xenakis ("Portiques Romans" pour trois orchestres) ne lui payèrent leur dette. Seul Georges Aperghis, à mi-mots, confessa l'influence de Brugnon sur sa pensée rythmique (Entretiens avec Antoine Gindt, 1992), sans aborder toutefois l'oeuvre vocale et phonématique pionnière de son prédécesseur (que l'on écoute pourtant "L'Essaim des Lavandières" de 1937...).

Charles Brugnon est mort le 8 mai 1962 des suites d'un Syndrome de Williams (dit aussi syndrome du "visage de lutin") en phase dégénérative. (2)

La curiosité pour l'oeuvre de Brugnon, depuis, ne cesse de croître. Le site de la Société des Amis de Charles Brugnon rendra compte des importants travaux d'archivage liés à son oeuvre. Son objectif principal sera d'encourager la constitution d'une vaste collection de CD confiée aux plus prestigieux solistes, orchestres et ensembles d'aujourd'hui (voir le site d'Anne-Sofie Von Otter). Il est temps de rendre hommage à l'audace, à la prudence.

Charles Brugnon, ou la musique retrouvée...

 

La musique française, vue par Charles Brugnon : "Une musique sans ombre, au contraire de la lituanienne, de la suissesse, qui sont des musiques à noeuds visibles, à racines vivantes, à étymologie apparente : les deux grandes musiques philosophiques. La musique française est morte, elle ne veut plus naître, c'est un drame d'être né dedans, dans cette plate-musique-française d'aujourd'hui, moyenne, réglementaire, châtrée, centralisée, faiblement sonore, appauvrie et qui chaque jour se simplifie, perd chaque jour en rythme, en harmoniques, jusqu'à devenir une musique sans voix. En août 1921, j'ai enterré François Ducret et avec lui les "si" mouillés qu'il était la dernière personne à jouer sur sa contrebasse. Les Maîtres de la musique, ce ne sont pas les compositeurs, les analystes, mais les journalistes, qui modèlent la musique française de demain, purifiée, simplifiée, une petite musique policée, politique, qui ne saura plus chanter que sur trois notes. Impossible de composer en français, d'écrire en français, sinon après avoir un peu détruit, creusé, ausculté, écouté dessous, retrouvé les sons enfouis, tendu l'oreille plus loin, plus bas, jusqu'aux racines, cherché sous la musique française l'autre musique, celle des patois, des accents, des argots, des anciens langages, et dessous, très dessous, le vieux latin toujours vivant qui pousse toujours." (La Revue Musicale, mars 1933, réponse à une enquête sur la musique française).

 

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(1) L'intime au lointain, textes théoriques complets de Charles Brugnon rassemblés par Jacques Attali, 1996, La Lyre d'Argent ed. Acheter le livre sur Amazon.fr


(2)Aurélien Dumont : "Le syndrome de Williams, encore appelé syndrome de Williams et Beuren ou sous un terme plus technique, hypercalcémie idiopathique, est une pathologie génétique pour la première fois décrite en 1961 par le cardiologue néo-zélandais J.C.P. Williams." Le traitement musicothérapeutique du Syndrome de Williams appartient aux but collatéraux de la Société. Voir à ce sujet les travaux du docteur Croquette sur le site du Syndrome de Williams

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